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Ahmed El Kory, l’homme qui a appris aux Mourabitounes à ne plus s’excuser

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Mercredi soir à Els Arcs, la Mauritanie U20 a sorti Levante aux tirs au but (3-1) et file en finale du COTIF 2026. Derrière cet exploit, un sélectionneur discret, un staff jeune et une méthode qui consiste a remplacer la bonne volonté par la préparation.

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Ce mardi aprés-midi, la Mauritanie U20 a décroché son billet pour la finale du tournoi international du COTIF U20 en s’imposant face à Levante dans la fatidique séance des tirs au but (3-1) aprés un score final nul et vierge. A l’heure où le football mauritanien sort d’une année noire, la seule lueur d’espoir reste cette équipe de catégories de jeunes, avec à sa tête Ahmed El Kory "Pope" , principal bâtisseur d'une sélection qui en ont dans le short, et pas que. En 2025, pour sa première participation au COTIF, il a atteint les demi-finales et pour cette édition 2026, il va jouer une première finale d’une compétition internationale. Pour la Mauritanie, c'est une première depuis l'Amilcar Cabral en 1996.

Un sélectionneur formé par le terrain

Celui que le vestiaire appelle « Pope » n’appartient pas à cette catégorie d’entraîneurs importés, projet clé en main, qui repartent au premier résultat contrariant. Il connaît ses joueurs pour les avoir vus grandir dans le championnat national. Il connaît les contraintes du football mauritanien pour les avoir vécues de l’intérieur : les moyens comptés, les calendriers incertains, les stages qu’il faut arracher.

Sa réponse n’a jamais été de s’en plaindre. Elle a été de tout organiser en amont. Une première phase de préparation élargie du 27 juin au 5 juillet pour observer et tester. Une deuxième phase resserrée à partir du 10 juillet pour installer les automatismes. Une liste de vingt-deux joueurs officialisée le 18 juillet, deux jours avant le départ. Rien n'a été laissé à l’improvisation.

Le geste le plus révélateur de son travail n’est pas tactique. Il est mental. Pendant des années, les sélections mauritaniennes arrivaient dans ce type de tournoi avec un objectif implicite, qui est de ne pas perdre trop lourdement, bien figurer, rentrer avec de l’expérience. En tout état de cause, c'est un objectif qui ne déçoit jamais et qui ne fait jamais gagner non plus. Pope a rayé cette ligne du cahier des charges. Son équipe presse haut face à Valence, Elche ou Castellón. Elle refuse le ballon à des académies éduquées pour le conserver; en attaquant la profondeur au lieu d’attendre. Un pari risqué face à des joueurs mieux formés techniquement mais un pari qui a produit, en deux étés, une demi-finale puis une finale de tournoi international.

Un staff jeune, une seule voix

Un entraîneur ne fait rien seul, et c’est peut-être là qu’El Kory a été le plus intelligent. Il s’est entouré d’un encadrement jeune (adjoints, préparateur physique, entraîneur des gardiens, analyste vidéo, staff médical) et leur a donné quelque chose de plus rare que des responsabilités : de la cohérence. Le préparateur physique ne travaille pas contre le projet de jeu mais le rend possible. L’analyse vidéo ne s'arrête pas qu'au tableau noir et aux flèches mais se projette sur la séance du lendemain. Le résultat a été visible sur le terrain sans besoin de statistiques. Cette combinaison donne une équipe dont les entrants marquent, à l’image de Saad Camara, entré à la 60e contre Castellón et auteur d’un doublé en cinq minutes. Dans le jargon, on dit qu'un banc qui impacte, est la signature d’un staff qui prépare tout le monde au même match, pas seulement les onze titulaires.

Des noms encore inconnus

Ils ont 18, 19 ans : Mahmoud, Beiny Coulibaly, Khalidou Niass, El Hassane Diabira, Amadou Sarr, Amadou Ba, Bidjel Melainin, Imam, Hamidou Sarr, El Hafedh Eleyat, N’Diaye, Traoré, Saad Camara, Baba, Mansour, Dioluy. Certains n’avaient jamais quitté le pays. Aucun ne joue dans un grand championnat. Et pourtant, au stade de Els Arcs, ce sont eux qui ont dicté le tempo face à un club qui a frôlé la montée en Liga cette saison (Valencia CF). Ce qu'il faut retenir, c'est que ces garçons ont découvert qu’ils appartenaient au même football que leurs adversaires.

On ne motive pas seulement un joueur, on l’informe

La conviction que le sélectionneur défend depuis plusieurs années au niveau du football local, est que la confiance ne se décrète pas, mais se construit par la connaissance, en détaillant les éléments aux acteurs. Un joueur de 18 ans qui affronte pour la première fois un club professionnel européen n’a pas forcément peur par manque de caractère. Il doute parce qu’il ne possède pas encore toutes les informations : comment l’adversaire presse, si le latéral sort ou temporise, quels espaces s’ouvrent après une perte de balle, quelles sont ses habitudes sur coups de pied arrêtés. Cette incertitude crée l’hésitation. L’hésitation coûte une demi-seconde. Et à ce niveau, une demi-seconde suffit à faire basculer un match.

C’est là que la vidéo prend toute sa valeur dans le dispositif mis en place par le sélectionneur, a savoir le scouting de l’adversaire bien avant le voyage, le décryptage des principes de jeu, les mécanismes de relance ainsi que l’organisation défensive. Quand la délégation mauritanienne arrive en Espagne, l’adversaire n’est déjà plus une inconnue. Les joueurs ne découvrent pas un système mais reconnaissent plutôt des situations déjà vues et travaillées.

Une génération qui ne veut plus apprendre à perdre

Pendant longtemps, le football mauritanien regardait les grandes compétitions de jeunes avec admiration, parfois avec envie. Le constat est qu'un changement de culture est en marche, petit a petit. La sélection U20 n’est plus simplement une équipe qui participe, ils sont protagonistes, en témoigne ces dernières performances a ce tournoi international. Entre la récupération, la charge de travail, l'alimentation, l'analyse vidéo, ou encore les coups de pied arrêtés, l'idée est de préparer des joueurs capables d’exister au plus haut niveau international. Un joueur mauritanien qui devient de plus en plus autonome dans la lecture du jeu, plus calme sous pression, plus rapide dans leurs prises de décision est en bonne voie pour la classe supérieure.

L’héritage à venir

Le vrai indicateur de réussite d’Ahmed El Kory et de son staff ne sera pas uniquement le classement final de ce COTIF 2026. Ce sera la réponse à trois questions : combien de ces vingt-deux joueurs seront en sélection A dans quatre ans ? Combien auront signé à l’étranger ? Et surtout, la génération suivante héritera-t-elle du même niveau d’exigence ? Si la réponse est oui, alors cet été espagnol ne sera pas un bel été de plus mais un moment où le football mauritanien aura changé de fusil d'épaule. En attendant, ils feront face au lions de l'Atlas ce jeudi 30 juillet en finale.

Par La Rédaction